jeudi 19 février 2026

 Newslaitue février - 167eme -

Bonjour, Bonsoir

" Maintenant je suis léger,
maintenant je vole,
maintenant je me vois au-dessous de moi,
maintenant un dieu danse en moi. "
Friedrich Nietzsche


   Il me semble qu'il est possible d'être à la fois solide et désemparé, face à la vie, n'est-ce pas ? J'éprouve à la fois le sentiment d'une solidité certaine, et par moments, celui d'une vulnérabilité extrême, d'un désarroi même. Et vous ?... Chacun sait que le plus difficile n'est pas de monter, mais de descendre ! Il vaut mieux céder à l'impossible, que errer dans les enfers de la lumière... n'est-ce pas ?

   Je vous partage de larges extraits du dernier ouvrage qui m'a percuté agréablement : Philosophie et Poésie de Maria Zambrano.
   " La poésie est rencontre, don, découverte par la grâce. La philosophie quête, recherche, guidée par une méthode. Quelle est la racine en nous de la pensée et de la poésie ? Je vous le demande....Étonnement, violence. Éprouver d'abord un saisissement extatique devant les choses et se faire ensuite violence pour s'en libérer. " La philosophie est une extase qu'un déchirement fait échouer ".

   Quelque chose de proche, de très proche de la poésie, car elles furent longtemps liées : la musique. C'est dans la musique que resplendit le plus doucement l'unité. La musique est pour moi une nourriture indispensable, quotidienne. Et vous ?... Le poète atteint l'unité dans le poème plus vite que le philosophe. Si tous ont besoin de toi, comment se fait-il qu'il y en ait si peu qui l'atteignent ?.... Unité souple, cohérente, qui s'adapte, se dilate, qui descend dans notre chair, dans notre sang, dans nos rêves.

   " Orgueil de la philosophie ! Le poète n'a pas de méthode... ni d'éthique. La poésie n'est pas née dans la polémique, sa généreuse présence ne s'est jamais affirmée dans la polémique. Elle ne s'oppose à rien en surgissant ! Vagabonde, errante, étroite fécondité, sel de la terre. De la Grèce nous vient la lumière ! La poésie est, face à l'espérance de la raison, le seul rebelle. La poésie est ivresse. Ivresse et chant. La poésie s'accroche à l'instant et n'admet pas l'espérance, la consolation de la raison. La poésie est la voix du désespoir, de la mélancolie et de l'amour de l'éphémère. C'est pourquoi elle s'enivre....

   Vivre c'est délirer. Ce qui n'est ni ivresse ni délire est souci ! Et à quoi peut bien servir le souci, si tout doit s'achever ?.... Le poète est possédé par l'enthousiasme (possession divine), à moins qu'il ne soit totalement possédé par le divin de ce monde ? Hôte à part entière de ce monde, il l'aime et se sent lié à ses plaisirs. Possédé par la beauté qui brille, par la beauté resplendissante qui se détache entre toutes les choses. Le poète reste en éveil jusqu'à en mourir, devant les changements, les minuscules et terribles changements par lesquels naissent et meurent, se consument les choses. "

   " Le poète est fidèle à ce qu'il a. Il doit parler "sans savoir ce qu'il dit", comme on le lui reproche ! La parole qui sort de sa bouche dépasse de beaucoup l'entendement humain. Il nous montre que ce qui habite son corps est plus qu'humain. Écrasé par la grâce, il poursuit son chant interminable. Il vit dans le saisissement de la parole : " Que cela se fasse en moi " ! Le poète a une lucidité spéciale, cette conscience éveillée, éveillée et lucide, comme le prouve leur père à tous, Baudelaire. Fidélité aux forces divines (enthousiasme) ! Il répand l'enchantement de sa musique, sa générosité, sa fidélité, à la rencontre de tous les hommes, déchiré par la lumière, rendant léger le poids des heures. " Consolation !

  " Le poète ne prend jamais de décision. Il supporte l'existence. Fidèle jusqu'à la mort, fidèle pour la vie. Il accepte, et même aspire, à être vaincu. Il ne réclame pas, il donne. Le poète tout entier est offrande. Car ce don de la poésie n'appartient à personne et appartient à tous. Personne ne l'a mérité et tous, un jour, le reçoivent ! La poésie est la conscience la plus fidèle des contradictions humaines. 
   Le poète éprouve l'angoisse de la chair, selon la chair, et plus encore dans la chair : il la spiritualise. En révolte contre les choses produites par l'homme, il est humble,envers la vie et ses mystères. Il vit, il habite à l'intérieur de ce mystère. Éternel amoureux, il n'exige rien. Son amour pénètre tout, lentement. "

   " Le poète n'a cure de faire le recensement de ses biens et de ses maux ; l'inventaire de sa fortune. Perdu dans la lumière, errant dans la beauté, pauvre par excès, fou par trop de raison, pêcheur sous la grâce. Il nage dans l'abondance, dans l'excès. Il vit inondé par la grâce. Il ignore ce que bien être ce "soi-même" qui est l'obsession du philosophe. "
Cristalline fontaine
si parmi tes visages argentés
tu dessinais soudaine
les yeux si désirés
que je porte en mes entrailles gravées

   Dans ces quelques mots, il y a tout Platon et toute la poésie ! Le rêve reste toujours à la racine de la poésie. C'est pourquoi le poète se maintient toujours dans un état de vide, de disponibilité.Son âme en vient à ressembler à un vaste espace ouvert (ephata !), désert. Car il y a des présences qui ne peuvent descendre dans un espace peuplé par d'autres... 
   Désert, vide. Car on arrive à rien par soi-même ! Il est impossible de se posséder soi-même. Illusion ! Il nous faut sortir de nous-mêmes, mais comment si nous ne sommes pas amoureux ?!... Notre trésor : le "fonds de l'âme" ! L'âme amoureuse... Ne l'atteindre qu'en sortant de nous-mêmes, en s'abandonnant, en s'oubliant.

   " La poésie, c'est l'être qui s'ouvre vers le dedans et vers le dehors en même temps. C'est écouter dans le silence, voir dans l'obscurité. C'est sortir de soi, s'oublier, renoncement total. C'est tout entier se trouver parce qu'on s'est donné tout entier ! Finalement, tout s'apaise dans la plénitude. Le poète vit dans l'amour du monde. Il ne veut rien conquérir pour lui-même. Il ne fait qu'offrir. Oubli de soi qui est éveil ! Le poète est un enfant perdu parmi les choses. La poésie annule le problème de l'existence humaine, là où il se manifeste. "

Si donc en nos pâtures
nul ne peut plus me voir ni me trouver
vous me direz perdue
car d'amour emportée
j'ai voulu me perdre et me suis gagnée
X. Zubiri
   
   " J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges " (Cantique spirituel). " A chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues " (Rimbaud). Celui qui a été touché par la poésie ne peut se décider et celui qui a choisi la philosophie ne peut revenir en arrière. Car nul n'a pu encore penser ce " logos tout empli de grâce et de vérité." (Rimbaud)
   Le poète utilise la parole pour révéler quelque chose qui ne se produit qu'en lui, tout au fond de l'individuel. Il se situe, en tant que poète, hors et en marge de toute communauté. Il y a autant de langages que de poètes. La poésie, par conséquent, est un effort vain, puisqu'elle ne transmet rien ! La poésie, c'est sentir les choses in status nascens. "

" Celui qui veut entretenir en soi le désir de continuer à vivre
et la croyance en quelque chose de plus délicieux 
que les choses habituelles, doit se promener. "
Proust

Des livres et vous
" Celui qui ne lit pas n'aura vécu qu'une seule vie, la sienne. " Umberto Eco
"Quand dansent les oiseaux" Murata Kiyoko (la danse de la vie...)
"Transition écologique. En quête du bonheur à faibles émissions" Loïc Hamon (à soutenir +++)
"Par où entre la lumière" Joyce Maynard (reconnaître le bonheur...)
"De la Bible au poème. Anthologie" Philippe François, préfacé par Frédéric Boyer
"Aimer pour rien. La forme intellectuelle de l'amour pur, XIIe - XXe siècle" Camille de Villeneuve (ce qu'aimer veut dire...)

Musiques
"Lang(u)ages" Ampouailh (musique à danser, ouverte et contemporaine breizh, parenthèses de poésie musicale, mélancolie et romantisme fous = fest-noz en beauté !)
"Mydnight" Myd (pour lutter contre le blues d'automne hiver, danser est une solution !...)
"Loved" Parcels (Australiens, album placé sous le signe de l'amour = pop mélodique, mélancolique, puissant et superbe effet choral !)
"Les Variations Goldberg de Bach" Thibault Garcia / Antoine Morinière (ce duo de guitares révèle un chant subtil... divin !)
"Maurice Ravel. Piano et Chamber Music" Julien Libeer, Lorenzo Gatto, Bruno Philippe (toutes les couleurs du clavier au service du génie ravélien)

" Quand on vit une période de bascule,
et je pense que nous en vivons une,
il faut penser au large et calmement. "
Patrick Boucheron

" Les choses sont des miroirs, - /
chaque miroir est un ébranlement - /
Chaque miroir est un océan d'épreuves. //
C'est l'air qui pose la main sur la tête du soleil : /
Quand commencera le futur qu'on appelle l'humanité ? "
Adonis

   Je ne suis jamais parvenu à décider si je suis un pessimiste joyeux ou un optimiste mélancolique. Cela dépend des jours, si je me suis levé du pied droit ou du pied gauche. J'ai les deux en moi, de la bonne humeur et de la mélancolie. Et au quotidien, j'essaie d'être aussi joyeux que possible - du moins jusqu'à ce que j'ouvre les journaux.... Et vous ?

   Ouvrez vos sens, développez vos parfums, faites circuler le souffle... la vie est riche, compliquée, fascinante !
   Je viens de fêter mes 68 ans : quelle vie la Vie ! N'oublions pas de vivre....
   Bel hiver où que vous soyez, 
   Jacques

mercredi 21 janvier 2026

 Newslaitue janvier 2026 - 166eme -

Bonsoir, Bonjour

« Le bonheur, ô ami, ne se trouve pas

           dans les choses ou les événements

              mais dans le regard que l'on porte sur eux. »

Parole soufie


    Bon, je vais pas vous rajouter des Voeux aux Voeux que vous recevez, entendez, accueillez depuis le 31 décembre ! Tout a déjà été dit mes amis.
   Par contre, j'ai décidé de vous confier quelques perles 2026 de début d'année, reçues de vous qui me suivez depuis 10, 15 années. Leurs auteurs nous disent l'essentiel de ce que je pensais vous écrire en janvier. Donc, je leur donne la parole. C'est la moindre des reconnaissances.
   Juste vous redire que je vous adore, avec vos hauts et vos bas, parce qu'on est pareils vous et moi : incomplets, imparfaits, en chemin, trébuchants mais en route...
   Soyez tendre et doux avec vous-même. Stop aux injonctions de tous bords. " Foutez-vous la paix " comme dit mon ami Fabrice Midal. Et vivez à plein régime pendant que vous êtes vivants, debout, en marche....

Chères amies, chers amis, 

La fin d’une année et le commencement d’une autre forment un seuil, un moment de transition.

Dans la mythologie romainece passage est placé sous le signe de Janusle dieu des portes et des commencements. On le représente avec deux visages : l’un tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir. Le premier invite à regarder en arrière : qu’avons-nous appris ? Qu’est-ce qui nous a traversés, nourris, parfois éprouvés ? Le second se tourne vers demain : quels désirs, quels élans, quelles graines souhaitons-nous semer ?

Ces deux regards sont précieux, mais ils peuvent aussi révéler nos pièges familiers : la tentation de rester accrochés à ce qui n’est plus, ou celle de vouloir contrôler ce qui n’est pas encore. Or le passé ne se défait pas, et l’avenir reste, par nature, imprévisible.

Janus est aussi le gardien des seuils. Comme toute porte, il sépare autant qu’il relie. Ce qui est derrière ne disparaît pas et peut même nourrir ce qui vient.

Entre ces deux visages, il existe un espace discret : celui de la présence. Un lieu où passé et avenir cessent de s’opposer. Un peu comme cet instant entre rêve et réveil, où l’on n’est plus pris dans la nuit, sans être encore happé par le jour. Un moment simple, gratuit, où l’on est là — avec le souffle, la lumière, le mouvement de la vie.

Alors, plutôt que de vouloir oublier l’année écoulée ou planifier à outrance la suivante, pourquoi ne pas habiter un instant ce seuil lui-même ? Respirer. Ressentir. Être là. Entre mémoire et projection, laisser une page blanche pour que le présent s’écrive.

Je vous souhaite, et nous souhaite à toutes et tous, une année traversée de tendresse, de justice, de lumière… et de joies.

Ilios Kotsou



Imagine …

Imagine que … tous les distributeurs de billets disparaissent du paysage urbain,

que la crypto-monnaie se généralise, avec son air de complotiste,

que les banques, l’une après l’autre, soient en cale-sèche,

que le droit soit, encore davantage, ramené à la seule « loi du plus fort ». 

que ce soit partout le règne du talion : oeil pour oeil, dent pour dent… vengeance généralisée…

imagine que les cow-boys, sans peur et sans reproche, soient de retour et le ku klux klan à la commande

imagine qu’il suffirait d’un regard  mal interprété pour « exploser » l’inconnu

imagine que le jeu soit devenu le seul maître à bord

imagine que l’image s’autosuffise

image’gin (alcool  décidément trop fort)

imagine que … la coupe est pleine.

Imagine que les mots, l’un après l’autre, s’effacent du dictionnaire

Imagine qu'il n'y ait plus ni respect ni retenue

Imagine que la drogue soit cotée en bourse

imagine le journal au plus offrant, l’opinion téléguidée !

imagine que le rire soit interdit.  Ou encore le silence !

Imagine que l'eau manque au robinet.

Imagine un monde de robots, sans les 3X8, sans repos

imagine les tours de Manhattan en flammes.

Imagine le delta du Gange à la dérive

Imagine qu'on cesse de dire  comme le père de Camus : « Un homme, ça s’empêche »

Imagine qu'il n'y ait plus de limite à rien

imagine le tout possible.

Imagine un black-friday permanent

imagine la terreur silencieuse,

mais imagine encore le possible d'un inédit.

Imagine encore le sursaut de la confiance.

Imagine un cœur qui s’ouvre comme un regard

imagine un être qui s’émerveille

Imagine la joie d’un  nouvel éveil.

Imagine la joie transfigurante,

imagine le pari de la solidarité,

imagine l’a-venir en forme de neuf,

imagine les solidarités, tiens, ce radeau de fortune fabriqué par les fourmis pour dominer  les flots.

Imagine ce qui se dirait-là, entre la poire et le fromage, dans l'arche de Noé…

 

Le monde se met à flotter. Imparable.

Ça tangue.

Souquez ferme ! Et encore !…

Ramez vers la profondeur, qu’il disait, en un grand rire

bien sûr que les tempêtes se lèvent,

Plus que jamais et pour longtemps

 

On dit pourtant qu’au point central du cyclone règne un grand calme.

Imagine alors le geste à faire, ce tout petit geste,

infime, encore à poser, qui réjouirait le ciel,

si loin, si proche : une musique, un chant d’oiseau.

Le vol d’un machaon en toute splendeur.

L’envol d’un écureuil d’un arbre à l’autre.

 

Et puis une main sur ton épaule qui te lance en-avant.

Et tu y vas…

                                               Joseph THOMAS



«Soyez comme l'oiseau posé pour un instant 
sur des rameaux trop frêles,
qui sent plier la branche et qui chante pourtant,
sachant qu'il a des ailes.»
Victor Hugo


Enlivrez-vous
"Contes de la gloire beatnik" Ed Sanders (réaliste et décoiffant... Utopie, poésie, euphorie, quel bel avenir !...)
"Trente Millions d'orgasmes. La vie sexuelle des animaux" Minh Tran Huy et Jul (document aussi savant qu'hilarant entre l'autrice et le dessinateur!)
"Le Droit à la paresse" Paul Lafargue (appelle la paresse à devenir le baume de nos angoisses humaines... A méditer ! 5 euros, pas cher !)
"Eloge du risque" Anne Dufourmantelle (la liberté consiste à prendre des risques : penser par soi-même, déplaire, aller à contre-courant,...)
"Passagères de nuit" Yanick Lahens (et au bout, le chemin de la joie...)

Musiques
"Songs for Nina and Johanna" James Yorkston (voix rugueuse du folkeux écossais, soutenue par les tonalités douces de ses invitées suédoises = subtile élégance)
"Rainy Sunday Afternoon" The Divine Comedy (magnifiques envolées orchestrales = douillet comme un après-midi au coin du feu !)
"Una lunghissima ombra" Andrea Laszlo De Simone (pop à la fois symphonique et intimiste, joyeuse et nostalgique, donc totalement hors du temps !)
"Chant Song" Mathias Lévy (pour nous émerveiller, émouvoir ou réconforter...)
"Doppelgänger. Songs by Schubert & Schumann" Jonas Kaufmann, Helmut Deutsch (le ténor bavarois, l'un des plus grands du moment, ne semble plus faire qu'un avec son indéfectible pianiste !)


" Les âmes ne sont pas vaincues par les armes, 
mais par l'amour et la générosité. " 
Spinoza


" Les rêves d'enfant sont des lumières /
que l'on restaure /
dans les nuits d'hiver "
Marion Fritsch, jeune poétesse très populaire sur Instagram

Allons-nous revoir après la mort ceux que nous avons aimé ici-bas ?...
Même l'hiver a des airs de caresse...
Bises, hugs, voeux sincères,
Jacques