Newslaitue février - 167eme -
Bonjour, Bonsoir
" Maintenant je suis léger,
maintenant je vole,
maintenant je me vois au-dessous de moi,
maintenant un dieu danse en moi. "
Friedrich Nietzsche
Il me semble qu'il est possible d'être à la fois solide et désemparé, face à la vie, n'est-ce pas ? J'éprouve à la fois le sentiment d'une solidité certaine, et par moments, celui d'une vulnérabilité extrême, d'un désarroi même. Et vous ?... Chacun sait que le plus difficile n'est pas de monter, mais de descendre ! Il vaut mieux céder à l'impossible, que errer dans les enfers de la lumière... n'est-ce pas ?
Je vous partage de larges extraits du dernier ouvrage qui m'a percuté agréablement : Philosophie et Poésie de Maria Zambrano.
" La poésie est rencontre, don, découverte par la grâce. La philosophie quête, recherche, guidée par une méthode. Quelle est la racine en nous de la pensée et de la poésie ? Je vous le demande....Étonnement, violence. Éprouver d'abord un saisissement extatique devant les choses et se faire ensuite violence pour s'en libérer. " La philosophie est une extase qu'un déchirement fait échouer ".
Quelque chose de proche, de très proche de la poésie, car elles furent longtemps liées : la musique. C'est dans la musique que resplendit le plus doucement l'unité. La musique est pour moi une nourriture indispensable, quotidienne. Et vous ?... Le poète atteint l'unité dans le poème plus vite que le philosophe. Si tous ont besoin de toi, comment se fait-il qu'il y en ait si peu qui l'atteignent ?.... Unité souple, cohérente, qui s'adapte, se dilate, qui descend dans notre chair, dans notre sang, dans nos rêves.
" Orgueil de la philosophie ! Le poète n'a pas de méthode... ni d'éthique. La poésie n'est pas née dans la polémique, sa généreuse présence ne s'est jamais affirmée dans la polémique. Elle ne s'oppose à rien en surgissant ! Vagabonde, errante, étroite fécondité, sel de la terre. De la Grèce nous vient la lumière ! La poésie est, face à l'espérance de la raison, le seul rebelle. La poésie est ivresse. Ivresse et chant. La poésie s'accroche à l'instant et n'admet pas l'espérance, la consolation de la raison. La poésie est la voix du désespoir, de la mélancolie et de l'amour de l'éphémère. C'est pourquoi elle s'enivre....
Vivre c'est délirer. Ce qui n'est ni ivresse ni délire est souci ! Et à quoi peut bien servir le souci, si tout doit s'achever ?.... Le poète est possédé par l'enthousiasme (possession divine), à moins qu'il ne soit totalement possédé par le divin de ce monde ? Hôte à part entière de ce monde, il l'aime et se sent lié à ses plaisirs. Possédé par la beauté qui brille, par la beauté resplendissante qui se détache entre toutes les choses. Le poète reste en éveil jusqu'à en mourir, devant les changements, les minuscules et terribles changements par lesquels naissent et meurent, se consument les choses. "
" Le poète est fidèle à ce qu'il a. Il doit parler "sans savoir ce qu'il dit", comme on le lui reproche ! La parole qui sort de sa bouche dépasse de beaucoup l'entendement humain. Il nous montre que ce qui habite son corps est plus qu'humain. Écrasé par la grâce, il poursuit son chant interminable. Il vit dans le saisissement de la parole : " Que cela se fasse en moi " ! Le poète a une lucidité spéciale, cette conscience éveillée, éveillée et lucide, comme le prouve leur père à tous, Baudelaire. Fidélité aux forces divines (enthousiasme) ! Il répand l'enchantement de sa musique, sa générosité, sa fidélité, à la rencontre de tous les hommes, déchiré par la lumière, rendant léger le poids des heures. " Consolation !
" Le poète ne prend jamais de décision. Il supporte l'existence. Fidèle jusqu'à la mort, fidèle pour la vie. Il accepte, et même aspire, à être vaincu. Il ne réclame pas, il donne. Le poète tout entier est offrande. Car ce don de la poésie n'appartient à personne et appartient à tous. Personne ne l'a mérité et tous, un jour, le reçoivent ! La poésie est la conscience la plus fidèle des contradictions humaines.
Le poète éprouve l'angoisse de la chair, selon la chair, et plus encore dans la chair : il la spiritualise. En révolte contre les choses produites par l'homme, il est humble,envers la vie et ses mystères. Il vit, il habite à l'intérieur de ce mystère. Éternel amoureux, il n'exige rien. Son amour pénètre tout, lentement. "
" Le poète n'a cure de faire le recensement de ses biens et de ses maux ; l'inventaire de sa fortune. Perdu dans la lumière, errant dans la beauté, pauvre par excès, fou par trop de raison, pêcheur sous la grâce. Il nage dans l'abondance, dans l'excès. Il vit inondé par la grâce. Il ignore ce que bien être ce "soi-même" qui est l'obsession du philosophe. "
Cristalline fontaine
si parmi tes visages argentés
tu dessinais soudaine
les yeux si désirés
que je porte en mes entrailles gravées
Dans ces quelques mots, il y a tout Platon et toute la poésie ! Le rêve reste toujours à la racine de la poésie. C'est pourquoi le poète se maintient toujours dans un état de vide, de disponibilité.Son âme en vient à ressembler à un vaste espace ouvert (ephata !), désert. Car il y a des présences qui ne peuvent descendre dans un espace peuplé par d'autres...
Désert, vide. Car on arrive à rien par soi-même ! Il est impossible de se posséder soi-même. Illusion ! Il nous faut sortir de nous-mêmes, mais comment si nous ne sommes pas amoureux ?!... Notre trésor : le "fonds de l'âme" ! L'âme amoureuse... Ne l'atteindre qu'en sortant de nous-mêmes, en s'abandonnant, en s'oubliant.
" La poésie, c'est l'être qui s'ouvre vers le dedans et vers le dehors en même temps. C'est écouter dans le silence, voir dans l'obscurité. C'est sortir de soi, s'oublier, renoncement total. C'est tout entier se trouver parce qu'on s'est donné tout entier ! Finalement, tout s'apaise dans la plénitude. Le poète vit dans l'amour du monde. Il ne veut rien conquérir pour lui-même. Il ne fait qu'offrir. Oubli de soi qui est éveil ! Le poète est un enfant perdu parmi les choses. La poésie annule le problème de l'existence humaine, là où il se manifeste. "
Si donc en nos pâtures
nul ne peut plus me voir ni me trouver
vous me direz perdue
car d'amour emportée
j'ai voulu me perdre et me suis gagnée
X. Zubiri
" J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges " (Cantique spirituel). " A chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues " (Rimbaud). Celui qui a été touché par la poésie ne peut se décider et celui qui a choisi la philosophie ne peut revenir en arrière. Car nul n'a pu encore penser ce " logos tout empli de grâce et de vérité." (Rimbaud).
Le poète utilise la parole pour révéler quelque chose qui ne se produit qu'en lui, tout au fond de l'individuel. Il se situe, en tant que poète, hors et en marge de toute communauté. Il y a autant de langages que de poètes. La poésie, par conséquent, est un effort vain, puisqu'elle ne transmet rien ! La poésie, c'est sentir les choses in status nascens. "
" Celui qui veut entretenir en soi le désir de continuer à vivre
et la croyance en quelque chose de plus délicieux
que les choses habituelles, doit se promener. "
Proust
Des livres et vous
" Celui qui ne lit pas n'aura vécu qu'une seule vie, la sienne. " Umberto Eco
"Quand dansent les oiseaux" Murata Kiyoko (la danse de la vie...)
"Par où entre la lumière" Joyce Maynard (reconnaître le bonheur...)
"De la Bible au poème. Anthologie" Philippe François, préfacé par Frédéric Boyer
"Aimer pour rien. La forme intellectuelle de l'amour pur, XIIe - XXe siècle" Camille de Villeneuve (ce qu'aimer veut dire...)
Musiques
"Lang(u)ages" Ampouailh (musique à danser, ouverte et contemporaine breizh, parenthèses de poésie musicale, mélancolie et romantisme fous = fest-noz en beauté !)
"Mydnight" Myd (pour lutter contre le blues d'automne hiver, danser est une solution !...)
"Loved" Parcels (Australiens, album placé sous le signe de l'amour = pop mélodique, mélancolique, puissant et superbe effet choral !)
"Les Variations Goldberg de Bach" Thibault Garcia / Antoine Morinière (ce duo de guitares révèle un chant subtil... divin !)
"Maurice Ravel. Piano et Chamber Music" Julien Libeer, Lorenzo Gatto, Bruno Philippe (toutes les couleurs du clavier au service du génie ravélien)
" Quand on vit une période de bascule,
et je pense que nous en vivons une,
il faut penser au large et calmement. "
Patrick Boucheron
" Les choses sont des miroirs, - /
chaque miroir est un ébranlement - /
Chaque miroir est un océan d'épreuves. //
C'est l'air qui pose la main sur la tête du soleil : /
Quand commencera le futur qu'on appelle l'humanité ? "
Adonis
Je ne suis jamais parvenu à décider si je suis un pessimiste joyeux ou un optimiste mélancolique. Cela dépend des jours, si je me suis levé du pied droit ou du pied gauche. J'ai les deux en moi, de la bonne humeur et de la mélancolie. Et au quotidien, j'essaie d'être aussi joyeux que possible - du moins jusqu'à ce que j'ouvre les journaux.... Et vous ?
Ouvrez vos sens, développez vos parfums, faites circuler le souffle... la vie est riche, compliquée, fascinante !
Je viens de fêter mes 68 ans : quelle vie la Vie ! N'oublions pas de vivre....
Bel hiver où que vous soyez,
Jacques
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