lundi 5 février 2024

 Newslaitue février 2024 - 144eme -

Bonjour, Bonsoir

" La vie vaut la peine qu'on y entre 
sérieusement, mais gaiement."
Sarah Bernhardt

   Je cherche à comprendre le mal. D'où vient-il ? Comment est-il possible ? Un moine bouddhiste n'est pas censé être génocidaire. Et pourtant...
   A 66 ans, je n'ai plus peur d'habiter ma faiblesse. Il en a fallu du temps ! Et pour vous ?
   Je me sers des livres pour me mettre à l'abri de la vie, quand elle est trop dure. Bouillottes de mon hiver !
   « Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. Chaque jour, je veux me renouveler. Chaque heure de ma vie, je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. », écrivait Antonio Gramsci.

   2024, un rendez-vous historique avec l'espérance. Que peut-on souhaiter à l'aube de cette année nouvelle ? La paix ! A l'extérieur et à l'intérieur de nous. Il nous revient de faire mentir à la fois les cyniques et les fatalistes. Il y a toujours une part de courage dans l'espérance. Et une grande part de liberté aussi. C'est beaucoup plus ardu, car nous sommes alors entièrement responsables du futur. 

   " L'espoir est une discipline de l'action, pas un art de la fuite. Les philosophies que l'on a qualifiées de pessimistes voire de désespérées m'ont toujours semblé les plus justes (Pascal, Pessoa,...). Ces philosophies ne laissent rien passer et sont souvent à contre-courant. Le pessimisme, c'est ce qui conduit à se poser la seule question qui importe : que dois-je faire ? Le pessimisme attaché à cette extrême lucidité s'accompagne d'un optimisme de l'action. S'inquiéter n'est pas désespérer, c'est chercher des raisons d'avancer. J'aimerais que cette année 2024 soit celle du silence. J'aimerais qu'on retrouve le goût du silence. Le silence, c'est la matière même du temps, de nos vies, et nous le gâchons par du bruit incessant, tout le temps. Nous sommes envahis de parasites acoustiques. Or on ne pense bien et on ne vit pleinement que dans le silence.

   Comprendre mais aussi aimer demande du temps. Agir demande du temps. Respecter demande du temps. Et tout cela a besoin du silence pour s'accomplir. On va trop vite en tout parce qu'on est trop dans le bruit. Respecter la beauté du monde se fait dans le silence. Et dans le silence il y a aussi l'écoute. C'est sans doute la chose la plus exigeante mais aussi la plus difficile qu'on doive aux autres : les écouter. Cela demande du temps, du silence, et du respect. La philosophie ne cesse de me procurer de la joie. Penser par moi-même, ne pas me contenter de solutions faciles, ne pas répéter ce que j'entends, faire attention à mes propres tentations, cela me procure une immense satisfaction.

   Et quand on lit Hannah Arendt défendre l'idée que la chose la plus merveilleuse, la plus miraculeuse même, que l'Homme soit capable de faire, c'est de commencer, d'inaugurer du nouveau, c'est d'une grande consolation, non ? Là où tout semble empêché, figé, impossible même, il reste malgré tout cette possibilité, cette liberté de commencer quelque chose. C'est une manière de refuser tous les " c'est comme ça, on n'y changera rien " tellement tristes, et faciles aussi." nous rappelle la normalienne agrégée de philosophie et essayiste Laurence Devillairs (Philosophie de Pascal, le principe de l'inquiétude ; Être quelqu'un de bien, philosophie du bien et du mal ; Petite philosophie de la mer, son dernier ouvrage).

   Fin du monde : tout n'est pas perdu ! Notre système alimentaire est la principale cause de destruction de la planète. " Au Royaume-Uni, les humains occupent 7% des terres,les animaux d'élevage 51% ! ". Autre angle mort, la vulnérabilité d'un système alimentaire devenu ultra dépendant du secteur financier : " Quatre groupes contrôlent 90% du commerce des céréales, quatre autres ont la main sur 99% de l'élevage de poulets." Des solutions existent : pionnières et pionniers de l'écologie des sols et de l'agroécologie à haut rendement, scientifiques qui inventent de " nouvelles agricultures, riches, productives, accessibles à tous, souvent biologiques, et mettant fin à l'élevage." Le détail est dans l'excellent livre Nourrir le monde... sans dévorer la planète de George Monbiot.
   Vous avez dit "pragmatique" ? L'urgence du dérèglement climatique ne nous oblige-t-elle pas à reconnaître la faillibilité d'une vision du transport polluante et énergivore ?

   C'est la pratique et non pas les théories qui sauvent. On peut donner des tas de conférences sur la théologie salvatrice, mais la question demeure toujours intacte : comment passer de la pratique au geste ? Il est fondamental de ne pas nous tromper dans notre attente. Qu'est-ce que nous attendons et de qui ? En ce sens, c'est la réalité qui nous aide à être plus humains, plus forts et plus solidaires. Être libéré, c'est être sauvé de la violence qui tue, être épargné, mais aussi être libéré de la peur, qui paralyse et peut endommager la vie humaine. Le complotisme est une réaction à un sentiment d'impuissance (écouter le pertinent podcast Complorama sur France Info bimensuel). Cela va à l'encontre de l'espérance. L'avenir n'est jamais écrit. A nous de reprendre l'initiative. Décroissance ou technologie, d'où viendra le salut ?... Laissons filer l'ancien pour accueillir le neuf. C'est d'un élargissement intérieur, et non des circonstances extérieures, que dépend notre joie profonde. En regardant sans peur la mélancolie qui nous traverse parfois devant la fuite des jours. Inch'Allah !

   ….« Voilà pourquoi en 2002, lorsque je me suis engagé dans la campagne présidentielle, j’ai lancé cet appel à l’insurrection des consciences. Moi, par exemple, je me sens plus saharien que maghrébin, mais au fond qu’est ce qui nous rassemble vraiment ? Nos âmes bien sûr, pas notre condition sociale. Le temps, aujourd’hui, doit être à la transcendance de nos appartenances historiques, raciales, religieuses, idéologiques, pour aller vers cette convergence...

... Au milieu du grand marasme planétaire que nous connaissons émergent heureusement des consciences reliées entre elles, comme une famille universelle animée par les  mêmes aspirations, les mêmes valeurs. Peut-être assisterons-nous à la constitution d’une nouvelle sphère de conscience, un halo intelligent susceptible d’éviter la déflagration générale. L’avenir sera à la convivialité universelle ou ne sera pas.” Pierre Rabhi

in  Pierre Rabhi, semeur d’espoirs”


   Aujourd'hui, nos générations ont devant elles un énorme défi commun : la protection de notre planète, notre maison commune. C'est aussi une immense opportunité. Celle de nous réinterroger sur la façon dont on se soigne, on se nourrit, on se protège et on protège la communauté, on aime, on coopère, on se loge, on apprend, on se cultive, on se déplace, on produit, on consomme, on joue, on travaille, on vote, on s'organise, on accompagne les plus fragiles, on transmet, bref on vit ! Vous en connaissez, vous, une transcendance plus grande ?... Pour aller plus loin : Faut-il une dictature verte ? La démocratie au secours de la planète d' Antoine Buéno.
   C'est politique de poser un regard humaniste sur le quotidien et sur les gens.

   C'est dans la contemplation que peut démarrer une vraie conversion écologique. Nous pouvons à coup sûr lever les yeux, remarquer la couleur du ciel, la forme des nuages, le vent dans les arbres et porter un regard émerveillé sur ce qui nous entoure. C'est en reconnaissant le monde comme don gratuit, création belle et fragile, que montent en nous la gratitude et le désir de " cultiver et garder la Terre ", en prenant soin d'elle et de tous ses habitants. Alors, spontanément, nous saurons mettre en place de petits ou de grands gestes contribuant à bâtir un monde plus juste, plus humain, plus aimant.

" On s'éveille quand on cesse de se résigner."
Jacques Vigne

Enlivrez - vous !
" Lire, c'est accepter d'être déplacé et dérangé dans nos représentations et nos affirmations. Sinon, comment accueillir "ce qui vient" ? " Frédéric Boyer
"Les Merveilleux Nuages. Que faire du nucléaire ?" Harry Bernas (Physicien érudit, une énergie selon lui anachronique, qu'il est urgent d'abandonner pour imaginer d'autres futurs)
"Éloge des vertus minuscules" Marina Van Zuylen / Clotilde Meyer
"La Vie simple" Carlo Ossola / Lucien d'Azay / Olivier Chiquet
"La vie funambule" Marion Muller-Colard (au coeur de l'épreuve, une leçon de vie : magnifique)
"Tout le bleu du ciel" Mélissa Da Costa (écriture très douce, émerveillement face à la nature, bonheurs simples)

Sites

coalitions.fr

voisin-malin.fr

https://beguinage-solidaire.fr/

phileod.fr (le 16 mars en BZH...)

https://www.youtube.com/watch?v=x5-W2ALUDEE

Musiques

"Eternal Lover" Silly Boy Bluë (Nantaise, nominée aux Victoires de la musique ; séduisant, hypnotique, chant pur aérien, groove qui enveloppe et emporte...)

"Dream Box" Pat Metheny (l'homme aux 20 Grammy Awards dans 12 catégories différentes, fort de 50 enregistrements ! Album solo inhabituel à l'exquise douceur, le son des guitares emporte ces mystérieuses mélodies vers des horizons radieux)
"Suites pour violoncelle, de Bach" (comptent parmi les plus beaux morceaux du monde, pour retrouver le calme et la connexion entre le corps et l'esprit)
"Careful of your Keepers" Kate Stables (de la folk à l'ancienne, apaisante et joyeuse, pour rêver d'horizons ouverts)
"Trop tard pour le moment" Bleu Lune (mélodies à couper le souffle, voix profonde, contre-chants du violon d'une grâce exquise : une révélation)


" Le monde est fait à 75% de "JE" et à 25% de "suis"."
Chögyam Trungpa

   Pouvons-nous positiver ? Tant que le remède, qu'il soit humain ou divin, ne sera pas trouvé pour soigner la bêtise ou la folie humaine, nous pouvons avoir des doutes pour vivre des jours meilleurs. Faut-il toujours voir le verre à moitié vide alors qu'il est à moitié plein ! Trop souvent nous avons tendance à ne voir que le côté négatif  de tout ce qui nous arrive. En cherchant un peu, ne pourrions-nous pas trouver des raisons pour croire que le pire n'est pas là ! C'est vrai que "la vie moderne" n'incite pas à positiver, mais l'humain que nous sommes vous et moi ne doit-il pas réfléchir avant d'agir puisqu'apparement le divin serait une source conflictuelle !

   Alors regardons autour de nous et reconnaissons qu'il y a pire. Il est nécessaire de regarder au-dessus de nous pour avancer mais il ne faut surtout pas oublier de regarder aussi au-dessous. Nous voyons parfois des personnes qui réussissent en partant de très bas et d'autres qui finissent bien bas en partant de très haut. Alors ne croyons pas (plus) que tout est tracé d'avance, vaste illusion. Il faut travailler, persévérer, écouter, et croire en soi pour améliorer le quotidien. La tolérance et le dialogue ne sont-ils pas déjà un début pour le meilleur ?

   Comme vous peut-être, j'ai une fascination pour le couple. Je rejoins l'idée que c'est une folie (douce) à deux, une fiction partagée qu'on décide d'inventer ensemble et dans laquelle on se jette en essayant d'y croire. Ensuite, tout est donc question de foi ! On y croit plus ou moins longtemps, jusqu'à ce que l'un des deux trouve cette fiction ennuyeuse, se réveille ou s'en aille... C'est d'autant plus sidérant qu'au moment où le pacte se conclut, on ne sait pas grand-chose de l'autre. On se "reconnaît" inconsciemment, mutuellement, dès la première rencontre. 
   Chacun pressent que l'autre à quelque chose à cacher, une blessure, un secret. On va s'aimer d'une manière atypique, que l'on invente au fur et à mesure. Le couple peut être cela aussi, un espace de liberté, hors de la société, hors des normes. Où la confiance acquise autorise à être soi-même, et permet aussi d'être multiple et d'accueillir la multiplicité de l'autre. Derrière la façade du contrat marital et du devoir conjugal, un couple peut exister fortement sans affinité sociale ni complicité sexuelle. La connivence peut se jouer ailleurs, autrement. Et pour vous, c'est comment ?...

   Pourquoi ne peut-on pas s'empêcher de parler des autres dans leur dos ? Parce que la médisance sert à se rassurer ! Lorsqu'on critique les autres, ce sont nos propres manques qu'on projette sur eux. Quand on émet des énergies négatives, elles ont de fortes chances de nous revenir en boomerang. Par ailleurs, si les ragots visent à rassurer notre ego, ils ouvrent aussi le chemin au rejet. Si je peux considérer que le différend a autant de valeur que moi, si j'accepte l'idée que plusieurs vérités peuvent coexister, alors je n'ai plus besoin de critiquer d'autres façons de faire, de juger celles et ceux qui n'agissent pas comme moi. J'ouvre ainsi la voie à la paix ! A méditer fissa camarades de la " pleine conscience "...

   " Seul l'humour, trouvaille splendide des êtres entravés dans leur destination de grandeur, des presque - tragiques, des malheureux trop bien doués, seul l'humour (création la plus singulière et peut-être la plus géniale de l'humanité) réalise cette chose impossible, juxtapose et unit toutes les sphères humaines sous les radiations de ses prismes. Vivre au monde comme si ce n'était pas le monde, estimer la loi et rester pourtant au-dessus d'elle, posséder " comme si l'on ne possédait pas ", renoncer comme si on ne renonçait pas, toutes ces exigences courantes et si souvent formulées de la science de vivre, seul l'humour est en état de les réaliser." nous rappelle Hermann Hesse dans Le loup des steppes.
   " Même les saintes, surtout elles, quand on entend ce qu'elles disent, et elles le disent clairement, même les saintes se jugent, et à juste titre, les dernières des dernières, et cela en raison d'une loi spirituelle élémentaire : plus on s'approche de la lumière, plus on se connaît plein d'ombres." dixit Christian Bobin.

   Je viens de fêter mes 66 ans. Cela fait 65 ans que je me vis comme " étranger " sur cette terre. Je pense avoir fait le tour de la " question humaine ". Depuis que je suis en retraite, je me languis de retrouver " notre Père qui est aux cieux ". Maranatha !
   A quoi avez-vous le plus pensé aujourd'hui ?
    Mantra 2024 : réapprenons à parler l'humain !
   En février, c'est la fête des amoureux, et nous sommes toutes, tous, amoureux !
   Alors, pensées amoureuses à chacun.e,
   Jacques


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