mardi 3 juillet 2018

Lettre juillet - août - 81eme



Bonjour, Bonsoir


"L'humour, c'est avoir le courage de déplaire."
Pierre Desproges



   Petit clin d'oeil à notre association Ephata dans le dernier ouvrage de Jean-Yves Leloup "Les portes de la transfiguration"
   "... "Ephata, ouvre-toi", ne soit pas sourd à l'appel. "Ephata, ouvre-toi", ne sois pas aveugle mais voyant. "Ephata, ouvre-toi", laisse-toi toucher par la Vie et son corps innombrable. La Vie est à caresser. "Ephata, ouvre-toi", la Vie se donne à toi, à travers tant de saveurs, la Vie est à savourer. "Ephata, ouvre-toi", élargis l'espace de ton souffle, il vient de l'Infini, il retourne à l'Infini, respire le champ infini de ses parfums, la vie est à respirer. "Ephata, ouvre-toi", ouvre ton désir à l'amour, au désir de la Vie qui traverse tes désirs, tes plaisirs et tes jouissances pour que tu sois toujours comblé, jamais repu ou satisfait, la vie est à étreindre et à désirer. 

   "Ephata, ouvre-toi", détends-toi, nous sommes nés pour mourir, pour nous décomposer, la Vie continue avec ou sans cette matière qu'il nous faut lâcher, tu n'es pas seulement la vie que tu as et que bientôt tu n'auras plus, tu es la Vie que tu es et que tu seras toujours. Car la vie est éternelle ou elle n'est pas, elle est infinie ou elle n'est pas. "Ephata, ouvre-toi", ne t'arrête pas dans le connu, ne te satisfait pas de tes petits repères ou explications, laisse-toi porter par la question toujours plus loin, toujours plus proche de la Conscience qui anime ton cerveau et par qui toutes choses sont. "Ephata, ouvre-toi", ton coeur est limité, il est aussi capable de tout, capable de l'Un, capable d'être conscient de l'Un et de ne faire qu'un avec. Quand tu ne fais qu'Un avec tout, tu es l'Amour/Dieu, Agapé o Théos.

   "Ephata, ouvre-toi", va au-delà de toutes les images, de toutes les représentations connues, sans en mépriser aucune ni en idolâtrer aucune, qu'il s'agisse de Dieu, de l'Etre, de l'Infini, de l'Eternel. Le Réel est toujours plus que tout ce qu'on peut en sentir, en penser, ou en imaginer. Imagine l'inimaginable, l'irreprésentable, marche et respire en Sa présence."
   No comment ! 


    Le choix de pratiquer la méditation est très exigeant : faire taire le monde extérieur pour libérer l'attention à soi, pour habiter avec soi-même. Faire taire tout repli sur soi-même, tout endurcissement du coeur, toutes les formes d'idolâtrie plus ou moins conscientes. Faire taire toutes les questions superficielles qui encombrent le coeur et empêchent l'écoute vraie de notre Voie intérieure. Alors, alors seulement, on entre dans la beauté de notre paysage intérieur, dans la clarté du silence intérieur, interpellés, déconcertés comme on peut l'être devant une oeuvre de grande force....

   "Il médite, disait Ramana Maharshi d'un disciple, il pense qu'il médite, il est satisfait du fait qu'il médite : où celà le mène-t-il, sinon à l'épaississement de son ego !?...". C'est chaque instant de la vie, du quotidien, que la "méditation" doit embrasser, c'est chaque instant qui doit être une recherche consciente du véritable Soi de l'homme à travers tout ce qu'il fait, pense et dit. On essaie camarade, on essaie....

   Encore un de mes philosophes préférés qui vient de partir vers le Paradis Blanc. Clément Rosset n'aura cessé de défendre un réalisme sans concession, sans jargon. Décapant et mordant. Un réalisme traqueur des masques, illusions, doubles que l'homme s'invente pour ne pas avoir à regarder le réel en face. Parce que, sans double, le réel est toujours idiot, cruel : ce caractère tragique de l'existence. De l'inconvénient d'être né, Rosset en tirait une profonde joie. Enigmatique, euphorique et sans pourquoi.
   Citations : "... la finitude de la condition humaine, la perspective intolérable du vieillissement et du trépas explique l'obstination des hommes à se détourner de la réalité.", "... les gens frappés par le virus du bien sont les plus dangereux pour autrui. Un homme bienveillant qui veut améliorer le monde est foncièrement dangereux. La recherche du bon n'est pas ce qu'il y a de meilleur dans l'humanité.", "... la grande différence entre le dépressif et l'homme joyeux me semble d'ailleurs résider dans l'appétit de vivre, ce qui peut se résumer en un mot : le désir.", "... pour moi, la philosophie est une quête intérieure de compréhension et d'acquiescement à la réalité, un chemin par lequel on trouve une joie enivrante.", "... toute le force de l'être humain consiste en ceci : savoir que l'on va vieillir, souffrir et mourir, et être heureux en assumant pleinement cette pensée. Seul celui qui accepte l'idée de la mort, si bien qu'il n'y pense même plus, sera capable d'accéder à la plénitude de la vie. La capacité d'admettre la part tragique du réel est pour moi la pierre de touche de la santé morale et de l'allégresse.". Un vrai Yogi ce Clément ! Relisons-le....

Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m’enrichis”.
​ ​

A
​.​
 de Saint-Exupéry



Des livres et vous :
"Novembre" Henri Daucé (petit recueil de poèmes touchants, plume sensible et délicate)
"Tout un monde fluide" Odile Caradec (recueil de poèmes d'une nonagénaire avec détachement et humour + monotypes de l'artiste Pierre de Chevilly)
"Vivant Jardin" suivi du "Poème perdu" Laurence Nobécourt
"Des jours d'une stupéfiante clarté" Aharon Appelfeld (l'immense Aharon pousse à leur paroxysme ses thèmes de toujours : l'échappée, la contemplation...)
"Âme sœur" David-Marc d’Hamonville
"Contre les racines" Maurizio Bettini (déconstruit une conception étroite de l’identité culturelle)
"Comment devenir écolo sans devenir chiant" Mathieu Duméry / Lénie Chérino
"Histoire de la sexualité 4" Michel Foucault (consacré aux Pères de l'Eglise, subtil et trépidant)
"Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bull" Claire Barré (livre avec subtilité et humour le récit de sa découverte du chamanisme et de son propre cheminement spirituel) 
"Une certaine inquiétude" François Bégaudeau/Sean Rose (apprivoiser l'inquiétude existentielle)

Sites : 
www.lagedefaire-lejournal (EPHATA est abonnée depuis des années)
www.jefaismatransition.com (des clics pour le climat)
http://democratieinterieure.strikingly.com/
www.espritcabane.com (en Finistère sud)
www.jms2018.org (une réponse contemplative à la crise du changement)



Musiques pour l'âme :
"Songs of the Saxophones" The Saxophones (légèreté chargée d'une profondeur insoupçonnée)
"La Voie de L'Esprit" Logos - Eric Aron
"We slept at last" Marika Hackman (intense et hypnotique, comme dans un rêve éveillé)
"Songs from a world apart" Lévon Minassian/Armand Amar (son si particulier du doudouk de la mélancolie et de la profondeur de l'Arménie)
 - Pensée spéciale pour la voix d'or de Geoffrey Oryema, qui vient de s'éteindre -



"J'existe. C'est doux, si doux, si lent.
Et léger : on dirait que ça tient en l'air tout seul (...).
Si seulement je pouvais m'arrêter de penser,
ça irait déjà mieux."
Jean-Paul Sartre

   

   "Etre juste, c'est continuer à faire exister ce qui est immortel dans la nature et chez autrui, préserver la dignité en toute chose - même ce qui semble d'importance mineure, voire misérable -, sans chercher à l'écraser. Ce qui s'adapte en nous au système, c'est notre moi, c'est à dire la part de notre être qui comprend les codes et s'y conforme, suit les procédures, les rituels de communication, etc. Ne le dénigrons pas trop vite, d'ailleurs, car il y a de la grandeur à bien fonctionner dans la société. Mais l'erreur, tragique, est de réduire l'individu à ce seul moi. Et d'oublier le "soi".

   Nous n'aimons jamais une personne pour son "moi" adapté au système mais pour ses qualités propres, celles qui font précisément qu'elle est elle, et pas une autre. Ce que nous aimons, c'est ce qui compte pour elle, c'est à dire son "soi". Et chacun est libre de décider ce qui compte vraiment. Il me semble qu'on peut déceler quelques invariants constitutifs en chacun de nous : la "saveur d'exister", par exemple, c'est à dire le rapport sensuel que nous tissons avec le monde, cette sensualité qui passe dans notre rapport à la nature, à ce que nous aimons manger, écouter, voir.... Un autre marqueur est la recherche de stabilité et d'équilibre. 

   Autre marqueur : il me semble que la redécouverte de soi n'est jamais... une fin en soi : elle ouvre sur un désir de l'autre. Le soi est toujours relié à l'autre, et c'est quand il se mue en"hors de soi", dans l'amitié, ou l'amour, après avoir défini ce qui lui importe vraiment et dépend de lui, qu'il est le plus épanoui." Pascal Chabot, philosophe belge, fondant comme un bon chocolat !

   Mantras de l'été : "It's enough ! Assez !". "Les gens se lèvent. J'en ai marre du racisme, marre de la guerre, marre de la destruction de l'environnement, de nos leaders mondiaux malhonnêtes. Nous devons nous remettre sur les rails pour aller de l'avant" peste Lenny Kravitz dans son dernier album attendu pour le 07 septembre.
   Autres mantras possibles : "Ni dieu, ni maitre, ni bfmtv !" ou bien encore "L'inaction nourrit le populisme, pas les migrants" !
   A méditer....

   Je ne peux vous quitter pour deux mois sans remercier vivement toutes les personnes fidèles, motivées, persévérantes, chaleureuses, qui sont venues dans mes groupes de Yoga oriental, méditation chrétienne, parole laïque, cette année 2017-2018. L'aventure intérieure continue à la mi-septembre : plaisir de vous retrouver ici ou là....

A tout moment, laisser passer le temps
Pour écouter, humer et regarder.
En tout lieu, poser le corps et l'esprit
pour entndre, sentir et voir.
L'instant devient alors présent.
Le présent rejoint l'éternité.
L'âme se libère et quitte ses états.
Une plénitude profonde s'installe.
Pour combien de temps ?
Michel Moureaux


   Nos gourous médiatiques style Christophe André nous invitaient en juin à ralentir en tout, et partout. Alors, cet été, faisons la vaisselle au ralenti, mangeons lentement, faisons l'amour au ralenti, marchons lentement, ralentissons en voiture, parlons-nous doucement,..., le mental au ralenti c'est la porte ouverte à la contemplation, prémisse de l'éveil....
    Je vous souhaite un été "sea, sex and sun", détendu à souhait, les sens grands ouverts et le sourire mystique....
   Jacques



vendredi 15 juin 2018

Lettre juin 2018 - 80eme -


Bon soir ou Bon jour,

"Deux dangers ne cessent de menacer le monde :
l'ordre et le désordre."
Paul Valéry


  "Vous ne mettrez les gens en mouvement qu'en leur proposant une histoire dans laquelle ils reconnaissent leur monde." nous avertit Jerry Brown, l'une des personnalités démocrates les plus appréciées aux Etats-Unis. Gouverneur de la Californie de 2006 à 2014, il a créé plus de 2,5 millions d'emplois dans son Etat et a épongé un déficit budgétaire de près de 40 milliards de dollars. Qui s'y colle en France ?....
 
   "La mort se caractérise par deux traits fondamentaux. Elle est certaine et elle est indéterminée. Nous savons tous que nous allons mourir, mais nous ignorons quand." (Martin Legros in Philosophies Magazine, mars 2018)
   Rescapée d'Auschwitz-Birkenau, Marceline Loridan-Ivens, 90 ans tout frais, nous envoie un petit message très spirituel : " C'est intéressant de parler de soi, d'oser dire les choses, de ne pas avoir peur. La liberté est à ce prix". Elle prône la liberté pour tout le monde, les femmes en particulier : " Pas la liberté pour la jambe en l'air ! La liberté de l'esprit, de ne pas être soumise à des dogmes ridicules, de décider ce que l'on veut dans la vie ; ça ne suffit pas de se marier et de faire des gosses. Les hommes et les femmes doivent trouver des chemins plus intelligents que la domination subie par les femmes pendant des siècles. Trouver une véritable égalité dans les moeurs, les habitudes. Le pire dans nos sociétés, c'est l'envie et la jalousie ". Sur ce dernier point - l'envie et la jalousie - c'est ce que nous disent toutes les Traditions, tous les Sages, tous les psy, tous les spi ! Lisez son dernier livre....

   Que faire de notre liberté ?... Se sentir heureux n'est pas tout, il faut sortir de soi et transformer le monde... La responsabilité vient toujours avec la liberté.... Nous sommes "jetés dans le monde" et forcés de nous demander quel genre d'être nous souhaitons devenir.... Ce qui construit le futur, c'est ce que nous décidons de faire de nos vies.... Quel monde voulons-nous créer avec cette liberté que nous avons ?....
 
   "Le développement personnel serait de toute évidence perçu par Sartre comme un moyen frauduleux d'utiliser notre liberté. parce que précisément il ne nous engage pas du tout dans le monde mais se focalise sur le regard intérieur - voire sur notre nombril. L'existentialisme a toujours insisté sur le fait que se sentir libre et heureux n'était pas tout, et qu'il fallait sortir de soi et transformer le monde pour le meilleur. Bien sûr, un meilleur équilibre intérieur permet sans doute un contrôle plus efficace de son action, et la méditation aide probablement, mais si vous aviez demandé à Sartre, il vous aurait répondu que pour que les gens aillent mieux, améliorer leurs conditions de travail et mieux les payer seraient beaucoup plus efficace...." nous rappelle l'essayiste Sarah Bakewell. Je suis 100% d'accord avec elle.
   J'ai également des atomes crochus avec Fernando Pessoa quand il nous dit : "Moi-même, je ne sais pas si ce moi, que je mets à nu devant vous tout au long de ses pages ondoyantes, existe réellement, ou si c'est seulement un concept esthétique et fallacieux de moi-même que j'ai élaboré. J'ai toujours vivement refusé d'être compris. Etre compris, c'est se prostituer."
 
   Ecrivain réputé difficile, on peut l'aborder fraternellement en se coulant dans ses phrases d'une sensibilité écorchée, déstabilisante. Derrière les noms d'emprunt se dessine une silhouette fragile et torturée. La société, il ne la conçoit pas comme une confrontation de classes sociales mais, plus simplement et radicalement, comme divisée entre "adaptés" et "inadaptés", laissant bien évidemment entendre qu'il appartient à la seconde catégorie (comme moi).
   Sa seule patrie et sa seule réalité sont la langue portugaise et les mots, "des corps tangibles, des sirènes visibles, des sensualités incarnées". Pessoa, dans ses divagations lumineuses, est le grand prosateur de lui-même, songeur dès le "petit matin, halètement dans la pénombre", plus complice avec la pluie et le soleil qu'avec un monde extérieur auquel il livre ses textes comme un défi. Namasté Fernando !


"Le raisonnable est un monstre, une prison. 
J'aime m'amuser, surprendre, vivre à fond chaque instant.
Ceux qui ont peur de mourir ont peur de vivre.
Ils respirent prudemment, en attendant la fin.
Pour moi, le plus grand danger serait de laisser mourir mes désirs."
Jacques Higelin, l'enchanteur


Enlivrez-vous : 
"La part d'ange en nous" Steven Pinker (fait l'éloge des quatre "anges gardiens" de l'humanité : l'empathie, la maîtrise de soi, la morale, la raison)
"Quelle spiritualité pour le 21eme siècle" William Clapier (offert à EPHATA par l'auteur : merci William !)
"Les Coeurs simples" Albert Algoud (douleur cachée de l'humoriste de France-Inter : met en scène "ces exclus que sont les personnes handicapées mentales", son fils étant autiste)
"La métamorphose de Raphaël" Patrice Lepage (invitation à prendre des sentiers de traverse, quête d'un monde plus fraternel)
"L'entraide. L'autre loi de la jungle" Pablo Servigne, Gauthier Chapelle (pour devenir des experts en coopération, et pas seulement en compétition)
"Faire mouche" Vincent Almendros (dissèque le système familial et ses fardeaux, ses mensonges, ses silences)
"Danser au bord de l'abîme" Grégoire Delacourt (décrit avec une intensité charnelle la montée inexorable de l'émotion d'une relation de couple)


Sites :
www.ofdt.fr (travail et souffrance)
www.imby.fr (asso architecture sociale et solidaire recherche particuliers volontaires)
www.ecocompare.com (signale les "produits vertueux")
www.wearelumos.org (fondé par J.K. Rowling pour la cause des enfants)
 

Musiques pour l'âme :
"Cigarettes after Sex" Cigarettes after Sex (langueur addictive, hypnotique, portées par la voix. Cumule jusqu'à 57 millions de vues sur Internet)
"Intégrale des cantates de J.-S. Bach" Bach Collegium Japan dirigé par Maasaki Suzuki
"They Moved in Shadow All Together" Emily Jane White (princesse du dark folk : magnifique voix éthérée, romantique, l'envoûtement n'en est que mieux garanti)
... Pensée spéciale pour la belle et talentueuse Maurane ...

"Il en va de la vie comme d'une histoire : peu importe ce qu'elle dure ; 
ce qui compte, c'est qu'elle soit bonne." 
Sénèque

   Le Pape que nous avons depuis quelques années est vraiment hors des sentiers battus par les fonctionnaires de Dieu du Vatican, et c'est tant mieux. Dernièrement, parlant du chemin d'humanité que vous et moi tentons de prendre, il a pointé des obstacles comme "la négativité et la tristesse". Il invite, en revanche, à cultiver le sens de l'humour. Sans concession, il fustige "la consommation de l'information superficielle et les formes de communication rapide et virtuelle" comme autant de facteurs "d'abrutissement" ! Le chemin vers notre humanité est une lutte constante, camarade, un combat de chaque jour... avec le sourire.
 
   Comme moi, vous avez dû le remarquer : le mouvement naturel de l'humain, plutôt que de chercher ce qu'il n'a pas en lui, préfère désirer ce qu'a l'autre. Nous vivons comme si tout nous manquait et que nous devions chercher à l'extérieur. Notre société exacerbe ce sentiment de manque et de jalousie qui commence dès l'enfance.
   "On sait que la jalousie au sein d'un couple vient souvent d'un besoin qui, dans l'enfance, n'a pas été honoré, celui d'explorer. En cause, des parents anxiogènes ou à l'inverse trop permissifs. Il nous faut prendre conscience de nos blessures d'enfant. Car toutes nos mécaniques d'adultes proviennent de ces manques." nous rappelle Carolina Costa, accompagnatrice de couples.
   Si la jalousie existe dans toutes les relations humaines, mes amis, c'est bien dans le couple qu'elle donne la mesure de son talent ! Quand l'amour s'emmêle....
 
   Parfois, des questions de ouf traversent mon esprit. Du style : "Si je devenais handicapé grave, est-ce que j'aurais autant d'amis ?". Ou bien : "Si je gagnais 50 millions d'euros au Loto demain, est-ce que j'aurais autant d'amis ?". La réponse aux deux questions est oui car le peu de vrais amis que j'ai ne sont pas des enfoirés....
   Autre type de réflexion mentale depuis que j'ai 60 ans. Nous avons perdu, ces dernières années, un certain nombre d'êtres chers qui avaient entre 55 et 65 ans. Quand je regarde depuis quelques mois la page obsèques de mon quotidien, il y en a tous les jours qui ont entre 55 et 65 ans.... Plus proche de nous, nous avons trois vrais amis, spirituels, écrivains, positifs, poètes, ouverts, tendres, humanistes, tous trois entre 60 et 65 ans, tous trois touchés, meurtris dans leur corps par une saloperie cancéreuse.
   Faudra m'expliquer un jour pourquoi de belles personnes meurent jeunes, alors que d'autres traînent leur haine humaine envers leurs frères humains jusqu'à un âge avancé.... Oui, pour quoi ?
   Je vous souhaite de prendre des risques pour vous offrir des rêves....
   Jacques

mercredi 23 mai 2018

Lettre mai 2018 - 79eme -

Bonsoir, Bonjour


"Nous n'avons pas besoin de magie pour transformer le monde : 
nous portons en nous tout le pouvoir dont nous avons besoin." 
J.K. Rowling (madame Harry Potter !)



   Nous fêtons les 50 ans de Mai 68. Youpi ! On remet le couvert ?.... Vous et moi pourrions citer quantité de raisons objectives, sérieuses, louables, parfaitement identifiées, qui pourraient conduire de nouveau le petit peuple français à se révolter. Ne serait-ce que les 18,25 millions de français - répertoriés dans le quotidien La Croix que j'ai cité le mois dernier - qui d'une manière ou d'une autre galèrent, surfent sur leur précarité, se débrouillent avec le quotidien.  
   "C'est en gardant le silence, alors qu'ils devraient protester, que les hommes deviennent des lâches." nous rappelle Ella Wheeler Wilcox. Perso, je fais partie d'un collectif de 80 000 individus précaires au sein de l'éducation nationale, en cdd sur 6 années à 20, 24, 28, 30 ou 32 heures payées au smic. Faîtes le calcul. Celà fait 8 ans que j'ausculte de près ce corps professionnel qui n'en a que le nom : les frustrations sont énormes, et se manifestent souvent dans les extrêmes politiques. Cherchez l'erreur....

   "Il est cependant une autre catégorie de nomades. Pour eux, ni tarentelle ni transhumance. Ils ne conduisent pas de troupeaux et n'appartiennent à aucun groupe. Ils se contentent de voyager silencieusement, pour eux-mêmes, parfois en eux-mêmes. On les croise sur les chemins du monde. Ils vont seuls, avec lenteur, sans autre but que celui d'avancer.
   La capacité d'émerveillement varie injustement selon les êtres. Ouvrir les yeux reste un antidote au désespoir. Dans la nature, c'est différent. Le cancer de l'ennui ne menace pas. La variété des manifestations de la vie suffit à l'éblouissement. Pas un seul interstice par lequel l'Ennui pourrait s'immiscer !

   Pour bien vagabonder, il faut peu de choses : un terrain propice et un état d'esprit juste, mélange d'humeur joyeuse et de détestation envers l'ordre établi. Le vagabond éternel n'appartient pas à son époque ni n'a derrière la tête l'ombre d'une pensée politique ni celle d'une revendication. Le vagabond enjambe l'idéologie et les clôtures qui toutes deux empêchent de gambader. Il ne veut en rien changer le monde qui l'entoure, il veut réussir à le fuir le plus esthétiquement possible. Il ne veut pas se battre, il s'échappe. Il n'est pas en croisade, il est en croisière. Il n'appartient à aucun groupe, il lui suffit d'un chien fidèle ou d'un oiseau apprivoisé pour se sentir en compagnie. Il va à l'aventure car il veut que chaque jour soit un jaillissement d'imprévus. Son âme se simplifie : son voyage est une épuration éthique.

   La gaieté du vagabond est sa meilleure nourriture. Elle évoque un appétit adolescent doublé d'une ironie légère devant la vie, cette vaste entreprise à se foutre du monde. Puisqu'on ne peut pas changer le monde, et puisqu'on ne doit surtout pas essayer de le faire, pourquoi ne pas se carapater dans la beauté des bois ? Les idéologies ont prouvé leur laideur et, plus grave, leur inconsistance, mieux vaut donc essayer de fuir le monde le plus esthétiquement possible. L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'obligation de vivre avec eux !"
   Voilà exactement l'état d'esprit qui m'habite depuis quelques années, et c'est signé Sylvain Tesson


"Peut-on entrevoir, à la frontière brumeuse de notre horizon humain, 
une forme de beauté du crépuscule, susceptible d'éclairer le sens de notre existence ?" 
Henri Daucé
   

Musiques pour l'âme :
"The gift" Susanne Abbuehl (délicieuses ballades voix, harmonium indien, piano, percussions, trompette)
"Citizen of glass" Agnès Obel (tous les albums d'Agnès Obel sont divins !)
"Worrisome Heart" Melody Gardot (elle porte bien son prénom...)
"Bitibak 1" Simon Nwambeben (envies de paix, de tolérance et d'amour de la vie)
Tous les disques du "grand" Jacques Higelin, certains textes étant des pépites poétiques. Salut l'artiste !


Des livres et vous :
"L'éclipse de la mort" Robert Redeker (être confronté à notre finitude, celà s'appelle être en "pleine conscience"...)
"Le Chat" Geluck (lui, on adore son humour belge hautement spirituel...)
"Agir et penser comme un chat" Stéphane Garnier (il vit dans le présent, se préoccupe d'abord de son bien-être, évite les conflits : le chat, un vrai yogi !)
"L'inconnu me dévore" Xavier Grall (vient d'être réédité; un livre de réconciliation, plein de tendresse, qui laisse entrer la lumière. Grall = une sentinelle sur le granit de Bretagne)
"Accélération. Une critique sociale du temps" Hartmut Rosa
"Approches de la vie intérieure" Lanza Del Vasto
"Courir au clair de lune avec un chien volé" Callan Wink (jeune prodige de 25 ans)
"Des âmes simples" Pierre Adrian (ce jeune auteur a partagé le quotidien de Pierre, moine courageux et lumineux de la vallée d'Aspe)


Sites : 
www.halteobsolescence.org (arrêter de nous prendre pour des pigeons...)
www.carnetdeyourte.mercereau.info (la sobriété en action près de Nantes)
www.ishaformation.fr (pour vous mes dames...)
www.loa-zour.fr (en 29 sud, à soutenir...)



"Si haut qu'on monte,
on finit toujours par des cendres."
Henri Rochefort



   "D'une manière générale, on a toujours tendance à juger de ce qui est possible ou de ce qui ne l'est pas en fonction de ce que l'on peut faire soi-même. Inconsciemment, nous évaluons la limite entre le possible et l'impossible en fonction de nos propres capacités. Sans nous en rendre compte, nous nous considérons comme le critère ultime de toute réalité. En fait, la véritable difficulté qui se pose à nous, c'est de laisser la grâce faire son oeuvre en nous, en évitant de lui faire écran par tous les désirs et passions qui nous encombrent." nous invite à méditer Dom Guillaume Jedrzejczak, qui anime des retraites et sessions spirituelles dans plusieurs pays.

   Certains pensent que les contemplatifs sont des êtres accomplis ayant le recul nécessaire sur les vicissitudes humaines, qu'ils sont immunisés contre les maux de l'existence et qu'ils peuvent ainsi se consacrer exclusivement à la quête spirituelle. C'est bien les idéaliser ! D'autres, engagés dans la construction du monde, les considèrent comme des marginaux, des névrosés, des irresponsables cherchant refuge au sein d'un groupe ou d'une institution. Devant cette critique, on doit certes s'interroger, mais on peut aussi rétorquer qu'il vaut mieux reconnaître son éventuelle névrose et chercher la guérison dans la spiritualité qu'ignorer sa "normose" et se perdre dans la tragédie du monde.

   A chaque nouvelle saison, je reçois par courrier la Lettre d'une communauté perchée à 1100 m d'altitude dans les Alpes de Ht-Provence, dans laquelle je séjourne quelques fois. Encore un petit coin de paradis en pleine nature, au coeur du silence et de l'essentiel. Je ne résiste pas à l'envie de vous confier quelques paroles de cette lettre : "... En fait, ni meilleurs ni pires que les autres, les amis du Très-Haut ont simplement choisi de tout quitter pour vivre d'autres valeurs que celles véhiculées par la société. Leur terrain d'expérience n'est que l'épaisseur humaine dans l'ordinaire des jours. Ce sont des personnes que la foi met en mouvement. La vie spirituelle n'est pas d'un exercice intellectuel de haut niveau, elle trouve plutôt sa source dans l'aveu de nos faiblesses, petitesses, fragilités.

   Plus l'homme se livre à l'interrogation de l'infini, moins il prétend connaître le Très-Haut et il renonce ainsi à vouloir mettre la main sur Lui (ou Elle). L'essentiel est le respect d'une certaine "distance" en tout, sans laquelle ce qui est vécu reste marqué de possessivité, de recherche de soi. Celà demande un travail personnel de longue haleine qui n'est jamais achevé. Distance avec soi-même d'abord, c'est à dire ne pas être dupes de ses propres désirs passionnels et désirs de puissance. Il s'agit d'apprendre à les reconnaître et de travailler pour tenter de les dépasser en se faisant aider. Sinon, on risque de vouloir gouverner sa vie, de se gonfler d'importance et de devenir insupportable....

   Distance avec les autres et avec les événements ensuite, c'est à dire ne pas être dupe de "l'effet miroir" qui nous éblouit et nous aveugle dans notre relation au monde. Aimer quelqu'un en qui l'on découvre les mêmes intérêts, les mêmes idées ou les mêmes affects que les nôtres n'est pas aimer, c'est faire de soi une idole....

   Distance avec le Très-Haut enfin, c'est à dire ne pas être dupe là aussi des mécanismes de projection qui nous font rechercher et adorer l'image de nous-mêmes à travers une manière de vivre la religion qui se voudrait pure et innocente. "Qui veut faire l'ange fait la bête" disait Pascal ! Tout se passe comme si dans notre attitude de croyant nous voulions inconsciemment faire jouer à Dieu le rôle que nous avons besoin qu'il joue. L'homme est ainsi fait qu'il recherche souvent un cocon où il puisse se sentir bien au chaud. Mais la foi n'a rien d'un nid douillet ; elle nous fait passer par l'hiver et la nuit, d'une possession immédiate et ambiguë au détachement de la foi véritable qui reconnaît Dieu comme autre que nous, insaisissable.

   C'est un chemin de dépouillement qui porte sur nos comportements personnels, notre vision du monde et nos représentations religieuses. " La vie vraie n'est pas donnée, écrit Judith Brousse. Elle arrive après qu'on s'est débarrassé de toutes les pelures de soi-même. On y accède après la traversée de zones d'ombre, après une certaine mort de soi. Elle arrive après ce passage. La vie vraie est presque toujours une résurrection. C'est peut-être celà qu'on appelle le ciel sur la terre, la grâce : vivre un présent qui dure. Qu'on le veuille ou non, même sans dieu, il y a là une dimension mystique.".


"Au moment où il n'y aura plus
de mots pour s'asseoir
Nous resterons debout sans
phrase pour nous soutenir
Avec entre les mains le fil
décousu de nos ourlets
sauvages
Pour ne pas tomber mon petit,
Je me recouds chaque jour
au grand tissu."
Laurence Nobécourt (née en 1968)


   A l'heure où certaines féministes enferment les hommes dans les mêmes problématiques répétitives et lourdingues, j'aimerais rappeler à la gent féminine que ce n'est pas avec nous les hommes qu'elle a des comptes à régler, ou à se "libérer"... mais que le travail ô combien plus difficile et responsabilisant pour elle reste de se "libérer" de leurs mères. Et nous les hommes de nos pères....
   Mantras de printemps : "Souriez, vous êtes heureux !", ou bien "Et si on dansait ?", ou encore l'euphorisant "Every day is a miracle" de David Byrne, dans son dernier album : hymne dansant aux plaisirs simples avec un refrain en or massif.

   Je vous souhaite un mois de Mai festif : indignez-vous ! Réveillez-vous ! Révoltez-vous !
   Jacques